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Posidonies : pourquoi la commune ne peut pas les enlever librement ?
Posidonies : un patrimoine naturel essentiel à notre littoral
Chaque été, la présence de banquettes de posidonie sur les plages de Carry-le-Rouet suscite des interrogations, voire parfois des incompréhensions. Odeur, aspect, accès à la mer moins aisé… leur présence peut effectivement occasionner quelques désagréments pour les usagers. Pourtant, ces amas déposés par la mer ne sont pas des déchets. Ils font partie intégrante du fonctionnement naturel de notre littoral et jouent un rôle essentiel dans la protection des plages et de la biodiversité. On vous explique.
La posidonie, une plante (et non une algue) qui nous protège
La posidonie (Posidonia oceanica) est une plante marine à fleurs, endémique de la Méditerranée. Elle pousse dans les fonds marins peu profonds et forme de véritables prairies sous-marines appelées « herbiers de posidonie ».
À Carry-le-Rouet, ces herbiers constituent un élément majeur de notre patrimoine naturel marin. Le Parc Marin de la Côte Bleue rappelle que l’herbier de posidonie est un écosystème pivot des fonds littoraux méditerranéens et qu’il possède une très haute valeur écologique. Il constitue notamment un refuge, une zone de reproduction et de nurserie pour de nombreuses espèces.
Les feuilles de posidonie ont une durée de vie de quelques mois. Lorsqu’elles vieillissent et se détachent, elles sont naturellement transportées par les courants et les vagues. Une partie finit alors par s’échouer sur les plages. C’est ainsi que se forment les fameuses « banquettes » de posidonie.
Une fois sur la plage, les feuilles mortes continuent de jouer un rôle écologique important. Les banquettes constituent tout d’abord un véritable rempart naturel contre l’érosion. Elles absorbent une partie de l’énergie des vagues et limitent ainsi leur impact sur le sable. Elles contribuent également à retenir les sédiments et à maintenir le profil naturel de la plage.
Autrement dit, lorsqu’une tempête survient, une plage débarrassée de ses banquettes est davantage exposée à l’action de la houle. Les retirer systématiquement peut donc contribuer à fragiliser progressivement le littoral que l’on cherche précisément à préserver.
Un habitat pour une biodiversité insoupçonnée
Les banquettes ne sont pas seulement utiles pour protéger le sable : elles constituent également un petit écosystème à part entière. Elles abritent de nombreux organismes et invertébrés qui participent au fonctionnement du milieu littoral. Leur présence contribue ainsi au maintien d’une biodiversité spécifique sur les plages et dans l’eau.
Plus largement, l’herbier de posidonie joue un rôle fondamental en Méditerranée : il fournit des zones de refuge et de reproduction à de nombreuses espèces, produit de l’oxygène, participe au stockage du carbone et contribue à la qualité des eaux côtières. L’Office français de la biodiversité estime que les herbiers de posidonie accueillent plus de 20 % de la biodiversité méditerranéenne.
Préserver les banquettes, c’est donc aussi préserver tout un cycle naturel qui commence sous la mer et se poursuit jusque sur nos plages.
Pourquoi la Ville ne peut-elle pas simplement les enlever ?
C’est probablement la question qui revient le plus souvent : si les banquettes gênent les usagers, pourquoi la Ville ne les retire-t-elle pas ?
La réponse est simple : leur gestion est réglementée et ne relève pas d’une décision libre de la commune. En France, la posidonie est protégée depuis l’arrêté ministériel du 19 juillet 1988 relatif à la liste des espèces végétales marines protégées. L’herbier de posidonie bénéficie également de protections européennes et internationales, notamment dans le cadre de la directive européenne « Habitats » et des conventions de Berne et de Barcelone.
Cette protection concerne la plante vivante, mais la gestion de ses feuilles mortes et des banquettes échouées sur les plages est également encadrée. Il ne s’agit donc pas d’un simple problème de nettoyage ou de propreté : toute intervention doit tenir compte de la protection de cette espèce et du rôle des banquettes dans le fonctionnement naturel du littoral.
Les opérations de déplacement ou d’enlèvement des banquettes doivent respecter les prescriptions environnementales applicables et, notamment lorsqu’elles interviennent sur le domaine public maritime et nécessitent l’utilisation d’engins, faire l’objet d’un échange préalable avec la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM).
La règle de principe est donc de privilégier le maintien des banquettes sur place.
Lorsqu’une intervention est justifiée, elle doit être réalisée selon des modalités précises et compatibles avec la réglementation. Il ne s’agit pas de ramasser les feuilles, de les charger dans des camions et de les traiter comme des déchets verts.
Que peut faire notre commune ?
La réglementation ne signifie pas que les plages ne peuvent jamais faire l’objet d’une intervention. Lorsque les conditions réglementaires le permettent et lorsque cela est nécessaire pour concilier les usages de la plage avec la préservation du milieu naturel, les services municipaux peuvent intervenir pour réorganiser ou déplacer ponctuellement les banquettes, selon les modalités validées avec les services compétents.
L’objectif est alors de limiter la gêne pour les usagers tout en conservant autant que possible les bénéfices écologiques des posidonies.
La présence de feuilles mortes sur le sable peut parfois donner l’impression que la plage est moins entretenue. Pourtant, une plage naturelle n’est pas une plage débarrassée de tous les éléments apportés par la mer.
Les coquillages, les bois flottés, les algues et les banquettes de posidonie participent au fonctionnement de l’écosystème littoral. Leur présence témoigne au contraire d’un milieu vivant.
Les services de l’État recommandent ainsi de mieux informer les usagers afin de favoriser la compréhension et l’acceptation de ces dépôts naturels.
Préserver les posidonies pour protéger notre littoral
La posidonie joue donc un rôle à plusieurs niveaux : elle abrite une biodiversité exceptionnelle sous l’eau, contribue à oxygéner et à améliorer la qualité du milieu marin, stocke du carbone et participe à la protection du littoral contre l’érosion.
Une fois échouées sur la plage, ses feuilles mortes continuent à rendre des services essentiels en amortissant les vagues, en retenant le sable et en participant au fonctionnement naturel du haut de plage. À l’heure où les communes littorales sont confrontées à l’érosion du trait de côte et aux effets du changement climatique, ces protections naturelles prennent une importance toute particulière.
Pour Carry-le-Rouet, préserver les posidonies ne consiste donc pas simplement à appliquer une réglementation : c’est aussi préserver un patrimoine naturel local et contribuer à la protection durable de nos plages.
La Ville comprend les désagréments que ces banquettes peuvent occasionner, notamment en période estivale, et veille à rechercher, lorsque cela est possible, un équilibre entre confort des usagers, préservation de l’environnement et respect des obligations réglementaires.
La posidonie n’est pas un déchet que la mer aurait déposé sur nos plages : elle est une alliée naturelle de notre littoral.






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